Le Twitchgate : quand Antoine déconne

Afin de saluer la fin de la superbe collaboration entre Antoine de Caunes et Canal+, ainsi que la probable suppression du Grand Journal, voici un bel exemple de ce qu’on regrettera de cette émission culturelle.

Dans le fond, on a tous des passions. Certains aiment les herbiers, d’autres lancer leurs excréments (1), imiter le bruit d’un tamanoir en rut (équivalent du rire de Cyril Hanouna), la voix de Gollum (2) ou encore exploser la face d’une créature vivante ou non vivante dans un jeu vidéo. C’est cette dernière façon de s’amuser qui nous intéressera, bien que toutes les autres ici évoquées mériteraient des articles ultérieurs.

Il est certain que d’autres hobbys sont un peu plus douteux, comme poser une question de confiance à l’Assemblée nationale tous les six mois (3), lire Télérama, le livre de Valérie Trierweiler (4) ou encore danser la Zumba (qui se décline aussi en Aquazumba, Zumbabike, Zumbarbecue, etc.). Ces petits plaisirs coupables sont ce qu’ils sont et susciteront généralement l’incompréhension, le rire, ou le mépris (voire les trois, mais dans un ordre aléatoire). Néanmoins, l’ouverture d’esprit commanderait que nous accueillions tout cela par un bienveillant déni (5).

Traiter d’une passion avec un niveau d’empathie et de tolérance avancé (aussi appelé « niveau Nelson Mandela »), c’est ce que nous a proposé Canal+ pour aborder la vente de Twitch.

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Le lancer de Michel Denisot, cette passion injustement méconnue.

Genèse d’une belle chronique du Grand Journal

Le Grand Journal avait décidé, le 30 aout 2014, de régaler nos yeux et nos oreilles avec une chronique de qualité sur le rachat de Twitch par le géant Amazon. Twitch n’est pas une barre chocolatée, ni le bruit de vos doigts coincés dans une porte blindée. Il s’agit en fait d’une plateforme (disons un site Internet) où il est possible de regarder d’autres personnes jouer à un jeu vidéo. La vidéo peut se présenter sous forme de test et évaluation du jeu, de sa découverte, ou encore de la communication de trucs et astuces.

Rassurez-vous, si vous pensez que c’est très con et que seuls les abrutis peuvent aimer regarder ça, votre avenir est assuré, envoyez un CV à Canal+. Sinon, c’est que vous êtes capables de comprendre l’intérêt porté par des millions de joueurs à ce support; ce qui fait de vous une sorte de Dalaï-Lama undercover, de Sigmund Freud du paysage audiovisuel. A part que vous ne pensez pas forcément que tout le monde est un homosexuel en puissance car n’ayant pas réalisé son désir secret de mieux connaitre de sa génitrice au sens biblique.

En principe, si êtes un journaliste ayant un quotient intellectuel supérieur à celui d’Eve Angeli (vous êtes en minorité, courage), votre esprit peut suivre le raisonnement suivant (6) :

  1. Je décide d’écrire une chronique qui parle d’actualité des jeux vidéos
  2. Il existe plus d’un milliard et demi de joueurs à travers le monde
  3. Le service dont je vais parler, Twitch, accueille plus de 55 millions de visites par mois
  4. Amazon a dépensé 970 millions de dollars pour racheter ce support
  5. Il y a donc un intérêt à aborder ce sujet qui intéresse potentiellement les entreprises, les habitués de Twitch, et par extension toute la communauté des joueurs
  6. Je vais faire une véritable chronique qui traitera de façon sérieuse du sujet, ce qui au passage me permettra peut-être de toucher la fameuse cible « jeune » qui conchie Canal+ (7).

Vous avez suivi jusque là ? Félicitations, votre intellect est supérieur à celui de la Mathilde Serrell, chroniqueuse du Grand Journal qui avait décidé de faire de Twitch son tout premier sujet, la première victime de sa plume acérée et de sa majestueuse emphase. Son angle d’attaque, pragmatique et prudent, était à peu près : « Et si on se foutait de leur gueule et qu’on leur chiait dessus à tous ces puceaux ? ». N’ayant pas la prétention de retranscrire la puissance de sa pensée, votre serviteur vous propose de découvrir quelques extraits de ce grand moment de journalisme.

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Le premier mot de la Mathilde Serrell, augurant subtilement la nature de ce qui sortira de sa bouche ensuite.

Une superbe chronique, moments choisis

Intégrale de la vidéo disponible ici : chronique Twitch.

A. De Caunes : "Faut vraiment avoir rien à foutre de sa vie"
 

Notons simplement, sur un plan comptable et statistique, que Twitch a plus d’abonnés que Canal+. Pour le reste, rappelons Antoine de Caunes à ses débuts dans Récré A2 comme testeur de jeux vidéos en 1983, et à son apprentissage de Need for Speed avec Cyprien en 2014.

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Antoine, passionné par sa mission de testeur de jeux vidéos.
M.Serrell : "C'est presque un sous-genre comique"
 

En fait, c’est parce que c’est drôle (contrairement à la chronique concernée). Certains joueurs sont inventifs, originaux, voire ridicules, mais ils sont drôles. Prenons l’exemple de la joueuse Sara Kate qui veut faire des câlins à son chat tout mignon pendant qu’elle joue, et se fait littéralement planter l’œil par ce dernier : là on se marre bien.

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Quand on vous dit que trop jouer aux jeux vidéos est néfaste pour vos yeux.
A.De Caunes : "Faut vraiment rien avoir à foutre de sa vie ! C'est la désolation totale !"
M.Serrell : "Ou avoir envie de passer des niveaux à Pokemon !"

Ah oui… bon. Là, c’est la consternation. Normalement, un bon journaliste, c’est quelqu’un qui ne sait pas du tout de quoi il parle mais qui fait bien semblant. Comparer le fait de regarder des vidéos d’autres joueurs et passer des niveaux à Pokemon, c’est un peu comme faire irruption dans la salle des dialyses d’un hôpital et gueuler « Haha fallait mettre des préservatifs bande de cons ! ».

Souviens-toi Mathilde, il faut comprendre un tout petit peu avant de mépriser.

M.Serrell : "C'est ça le monde en 2014 Antoine !
A.De Caunes: "Mais je n'en veux pas !"

Ça tombe bien, il y a de moins en moins de personnes qui souhaitent que Canal+ fasse parti de ce monde, vous devriez donc bientôt pouvoir le quitter tranquillement.

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Les gamers, ce gens mesurés qui ont le sens de la formule.
M.Serrell : "Et il gagne jusqu'à 5 millions d'euros par an grâce à ses vidéos"
A.De Caunes : "Il a l'air en pleine forme ce garçon !"
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Quand on pense que malgré son bon goût et son sens du raffinement, Antoine de Caunes ne gagnait pas 5 millions d’euros par an à cette époque… le monde est mal fait.

A la suite de cette chronique, les internautes et autres joueurs ont fait savoir qu’ils n’étaient pas tout à fait ravis de se faire traiter d’abrutis congénitaux. Antoine de Caunes, fin diplomate, a invoqué le malentendu et a présenté ses excuses, dans un tweet qui illustre le fossé générationnel entre Canal+ et la cible qu’elle aimerait toucher.

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Hmmmm… ok. Bon Antoine, on a pas compris. Et sans le public du Grand Journal qui carbure à la schnouff et les chauffeurs de salle, ça passe moins bien. Fais comme tout le monde, va sur Wikihow pour apprendre comment raconter une blague.

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En espérant que Canal+ comprendra bientôt que le problème n’est pas le présentateur, et envisagera des solutions raisonnables comme la diffusion de Dragon Ball GT, l’invitation d’Alain Soral au Grand Journal, le rachat d’EuropaCorp ou toute autre forme de suicide audiovisuel.

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Foncièrement vôtre, DLF.

 

NOTES :

(1) Rappelons-le, une activité tout à fait ludique selon nos ancêtres, que nous qualifions aujourd’hui injustement de « peintures rupestres ». (Reprendre la lecture)

(2) Les gens qui croient encore imiter Gollum de nos jours avec leur « Stupide hobbit joufflu » méritent au mieux une mort lente et douloureuse. Au pire une place dans le jury de l’Eurovision ou une soirée en tête-à-tête avec Vincent McDoom. (Reprendre la lecture)

(3) Selon une source proche du dossier, Manuel Valls serait en fait l’acteur qui jouait « la crampe » dans Pulp Fiction (Reprendre la lecture)

(4) Selon une rumeur persistante, un pamphlet intitulé « De rien » serait en préparation dans le plus grand secret. (Reprendre la lecture)

(5) Sujet pratique : « Si je l’ignore, est-ce qu’il va partir ? » Pour cet exercice, vous pouvez utiliser au choix : un sans-domicile fixe, un ours brun, votre beau-frère, ou encore un Harlem Désir. (Durée de réponse : variable en fonction du sujet de l’étude; comptez 7 secondes pour un ours brun, et 30 ans pour un Harlem Désir). (Reprendre la lecture)

(6) Sujet : « Syllogisme » est-il un vrai mot de la langue française ou un complot judéo-maçonnique ? Questionnaire à choix multiple. A – Oui / B – Non / C – On s’en fout, créons une commission parlementaire. (Reprendre la lecture)

(7) Énoncé non valable pour toute créature auto-suffisante qui ne rate jamais « Le Petit Journal ». (Reprendre la lecture)

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